Chaque lundi, Marc-Édouard Nabe écrit deux pages ici.
Mea Luna. « Ça y est, maintenant on peut le dire : la Lune est plus belle que la Terre, je m’en doutais ! 2026, c’est la révélation. On ne se rend pas compte qu’on est contemporain de ça : la découverte, grâce aux différents progrès télescopiques, des vraies couleurs de la Lune : bleu, jaune, vert, violet, alors qu’on la croyait grise et terne comme une planète morte ; pas du tout ! On dirait un calot, ce genre de bille que j’utilisais à l’école du Racati, dans la cour, à la récré, pour jouer… » Voilà ce que j’avais commencé à écrire pour ce paragraphe… Une fois n’est pas coutume, je me suis fait avoir comme un bleu, c’est le cas de le dire ! Toutes ces photos relayées sur X, TikTok, Facebook, etc., étaient fake… C’est un ami vérificateur hors pair qui m’a décillé. Pourtant, il y avait un indice : aucun des médias officiels mainstream, si moqués par les complotistes, n’avait diffusé une seule de ces vues magnifiques en effet de la Lune irisée par morceaux. Autre signe : le site de la Nasa n’en avait pas publié non plus, pas plus que celui de la mission Artemis II lancée le 1er avril avec à l’intérieur quatre benêts yankees scaphandrisés en orange. L’objectif, c’était d’emmener ces astronautes au plus près de la Lune, de s’approcher de la face cachée comme jamais, afin de programmer un réalunissage pour 2028. Ils ont survolé les canyons, les cirques, les impacts de météorites et autres cratères… Les clichés sont remarquables de précision, mais quelques photos, prises soi-disant par eux depuis leur capsule, ont été facilement identifiables comme générées par l’IA à cause de la forme des hublots ou de la visibilité globale de la Terre au loin… Pour celles-là, c’était vite réglé, mais d’autres sont apparues également, et elles montraient la Lune en couleurs ! Jamais l’expression « trop beau pour être vrai » n’aura, dans les périodes récentes, mieux été portée… Ces photos étaient les œuvres de deux astrophotographes, Andrew McCarthy (américain) et Ildar Ibatullin (ukrainien), qui, sur d’anciennes images de la lune, et pour signaler la présence invisible à l’œil nu de différents minéraux enfouis sous la croûte lunienne, avaient colorisé les endroits où ils savaient qu’il y en avait, alors qu’il suffisait de les pointer par de grosses flèches rouges sur le gris monotone du satellite monochrome !… L’un voulait montrer « à quoi pourrait ressembler la Lune si nos yeux et notre cerveau étaient beaucoup plus sensibles à la couleur » (Andrew), et l’autre a avoué avoir « volontairement exagéré la saturation des mers lunaires ; les teintes rouge-rose indiquent l’oxyde de fer et les teintes bleues représentent l’oxyde de titane » (Ildar)… C’était pas le bon timing pour ressortir ça, les mecs… En pleine mission spatiale ! C’était couru que des cons ou des conspis (un des deux mots est compris dans l’autre ; sauras-tu le trouver ?) s’empareraient de ce ballon bariolé et le lanceraient sur le terrain des réseaux sociaux pour que tout le monde tape dedans et se le passe… « Superbes images de la Lune en haute résolution prises par Artemis II », « La mer lunaire est étonnamment colorée »… Mon cul ! Toutes ces descriptions étaient bidon, et les photos correspondantes avaient été capturées depuis la Terre à l’aide d’un simple appareil photo performant puis colorisées ! Moi qui ai toujours eu horreur de la colorisation de certains bouts de film de jazz ou, n’en parlons même pas, de classiques du cinéma, je suis rouge de honte… Il faut s’y résoudre : la Lune est bel et bien grise, partout, aussi bien à l’époque de Jules Laforgue qu’à celle d’Artemis II… Même sur la Lune, il n’y a pas de zone d’ombre. La face cachée n’a rien à cacher. Pardon !
Les neuneus ouin-ouin à la Beigbeder, qui croient que le Covid a été « une répétition générale de la dictature à venir » à cause d’une acceptation de « la disparition de toutes nos valeurs, de toutes nos libertés avec une obéissance effrayante », ont non seulement une vision minimisatrice du Covid, mais aussi de la dictature ! Prendre pour des restrictions insupportables le fait de porter un masque, de s’éloigner des gens par méfiance d’être contaminé par eux (ou de les contaminer), de se faire vacciner au plus vite pour ralentir la pandémie, et, pauvres petits chéris, de ne plus pouvoir aller au cinéma, en discothèque, au resto, le temps que le virus soit jugulé, c’est évidemment le signe de petites natures, de petites couilles, de petits esprits, surtout que ceux qui se disent « rebelles » le sont a posteriori, car pendant le Covid, tout le monde fermait bien sa gueule et obéissait. Avant et après le Covid, ils sont les plus soumis à une autre dictature, réelle celle-là : celle de la putasserie showbiznique, médiatico-centriste, entre-soitesque, bourrage-de-crânante, hyperconsensusteuse, bien-pensantienne ; pour tout dire : répugnante.
Quand je réagis à des propos infects contre les Noirs, je ne le fais pas par antiracisme, évidemment. Je m’en fous, de l’antiracisme et du racisme ; c’est pas mon critère. C’est comme le fascisme et l’antifascisme : ce sont les deux revers de la même merdaille ! Ce que je sais, c’est que les mêmes qui traitent à demi-mot le nouveau maire de Saint-Denis de « singe » et qui n’osent pas dire qu’ils ont une aversion pour les petits Noirs français feraient exactement pareil avec des grands Noirs (comme on dit des grands singes) américains, c’est-à-dire les musiciens de jazz. Moi, si je m’insurge contre ceux qui s’insurgent que le maire de Saint-Denis soit un Noir qui bouge bien lorsqu’il fête son élection, c’est parce que je sais que les racistes sont avant tout des insensibles handicapés de tout swing qui auraient été tout aussi mal à l’aise s’ils avaient eu les Nicholas Brothers en train de danser devant eux ! Ils auraient eu le même dégoût et la même incompréhension… En commentant la prise de guerre par un Malien de la mairie dionysienne, cet agent de la circulation des Blancs qu’est Michel Onfray a eu, peu ou praud, le même genre de réaction que le flic new-yorkais qui avait tabassé Sa Majesté Miles Davis parce qu’il le prenait pour un traînoir fumant une cigarette devant le club de jazz alors que c’en était la vedette ce soir-là, qu’il y jouait et que c’était la pause du concert !… La véritable ignominie de Pascal Praud et de ses amis, c’est qu’ils ne feraient aucune différence entre un « black » banlieusard sans intérêt qui a décroché un petit poste tricolore républicain et un génie universel de la musique. CNews et Cie aurait traité Monk, Albert Ayler ou Charlie Parker de la même façon qu’ils traitent aujourd’hui Bally Bagayoko, Mohamed Gnabaly ou Yahaya Soukouna… Et à l’inverse, Edwy Plenel, lorsqu’il qui défend Bagayoko parce qu’il est noir, et derrière lui tous les Noirs par principe antiraciste, est aussi dans une forme de saleté. Je ne suis pas certain que Mediapart ou RSF, et les David Perrotin, Dominique Sopo, Danièle Obono, qui parlent sans arrêt de « racisés », seraient capables de distinguer un vigile congolais complètement débile et ignoble à l’entrée d’une boîte de nuit ou d’un grand magasin et Earl Hines ou James P. Johnson ! Pour tous, il faut adorer les Noirs ou les détester, quels qu’ils soient. Eh bien, non !
Ce qui manque surtout aujourd’hui, c’est la solidarité. Attention, pas dans le sens de l’entraide avec un arrière-goût de catéchisme et de fausse charité ; non. Être solidaire avec quelqu’un, ce n’est pas se contenter de le défendre mais attaquer ceux qui l’attaquent. Tout le monde a besoin de solidarité. Par exemple, ce que les Iraniens reprochent aux pays voisins, Koweït, Arabie saoudite, Qatar, c’est qu’ils ne sont pas solidaires avec eux dans leur anti-américanisme, et c’est pour ça qu’ils les punissent… Et Trump, ce qu’il reproche aux Européens, notamment à la France, c’est de ne pas être solidaire avec lui pour débloquer le détroit d’Ormuz. Vous voyez, ça se situe à tous les niveaux, aussi bien chez les « grands de ce monde » que chez les tout-petits de l’autre monde, c’est-à-dire celui des réseaux sociaux.
Je n’ai pas besoin d’emprunter sa lampe à mon copain Diogène pour « chercher l’homme » ; je l’ai trouvé ! Il ne pense qu’à lui parce qu’il est enfermé dans lui. Il ne voit que ce qu’il croit voir. Il ne ressent que ce qu’il croit ressentir alors que c’est ce qu’on lui a appris à ressentir. Il ne peut pas imaginer une autre vision sur le monde et sur lui-même que la sienne. Il ne se remet jamais en question. Il ne s’impose aucun effort ni souffrance pour s’approfondir et s’élargir. Il manque d’ambition par goût du confort. Il pense non seulement qu’il est lui-même mais qu’il est également le reste du monde : le monde, c’est lui ! Pire que Louis XIV qui disait que l’État, c’était lui, et pire que Flaubert aussi puisque Madame Bovary n’existe pas alors que l’homme, lui, si. Pourtant, il se vit comme un personnage de fiction alors qu’il est bien réel, et horriblement réel ; bref, il ne comprend rien à rien, croit savoir, juge sans savoir et ne veut rien savoir : le mot « savoir » est inscrit, inséré, serti dans son esprit uniquement à l’occasion de ces expressions-là. Le vrai savoir lui échappe parce qu’il n’en veut pas, et cette ignorance entretenue vient, non de sa peur de la mort, mais de sa peur de la vie. On dit souvent que l’homme ne pense pas à la mort et que c’est pour ça qu’il se croit immortel ; mais non : toute la journée, toute sa vie, il ne pense qu’à la mort au lieu de penser à la vie, et c’est justement ça qui le rend mortel. Les vrais immortels, eux, sont ceux qui savent que leur mort ne changera rien à leur vie si elle est ratée aussi bien que si elle a été réussie, ou mieux : gagnée.
Il ne suffit pas de comprendre pourquoi certaines choses sont mauvaises, il faut aussi savoir expliquer pourquoi d’autres sont bonnes.
Conneries. J’entends dire quelquefois par des donneurs de leçons que j’ai fait des « conneries », j’ai raté ma carrière, je me suis perdu, c’est du gâchis, ma vieillesse est un naufrage, etc… Mais on a tous fait ça ! Je dis « on » car je suis obligé de citer de grands noms, désolé… Déjà, pour commencer, Rimbaud, il a pas raté sa « carrière » de poète pour se la jouer plus tard marchand d’armes ? À 17 ans, il n’a pas tout foutu en l’air, alors que le Tout-Paris des lettres de 1870 lui était ouvert et qu’il a préféré claquer la porte, entraînant dans sa fuite Verlaine qui, lui aussi, a multiplié les « conneries », abandonnant femme et enfant, jusqu’à se faire jeter en prison puis à l’hôpital, et enfin à crever en vieux catho alcoolo oublié et méprisé de tous ?… Et Strindberg, n’a-t-il pas accumulé les positions misogynes dans une Suède en plein essor de féminisme, ce qui a nui désastreusement à ses différents couples, et surtout à son activité d’auteur de pièces de théâtre et de romancier ? Et quand il s’est lancé dans l’occultisme et l’alchimie, ses expériences de brêle en la matière ne l’ont-elles pas amené à se brûler gravement les mains ?… Dostoïevski, c’est pas mieux : après avoir participé à de petites réunions secrètes entre fomenteurs pseudo-révolutionnaires contre le Tsar, il a été envoyé, quasi exécuté, au bagne en Sibérie… Des dettes contractées à cause d’un vœu stupide fait à son frère avant la mort de celui-ci, et la charge d’un beau-fils encombrant qu’il s’était mis sur le dos, ont fini par obliger l’auteur de L’Idiot à s’exiler interminablement dans toute l’Europe, sans parler de ce qui contribuera à le ruiner : son addiction à la roulette… Si tout ça, c’est pas des « conneries », ou considéré comme tel par les jamais-déconnants !… Ou alors Melville, qui, après la publication des récits de ses voyages dans des îles, qui eurent beaucoup de succès, change complètement de direction d’écriture et pond d’énormes romans imbitables même pour ses fans où il raconte de nouveaux voyages, mais fictifs et fouillés fantasmatiquement d’une façon aberrante et qui, de four en four, le feront se retrouver, à soixante-cinq ans, petit douanier à New York… On pourrait détailler chacune de ces « conneries » d’artistes pourtant loin d’être cons, mais qui répondaient chez eux à des choses beaucoup plus profondes que de la simple maladresse, de la malchance ou du masochisme… Souvent, les erreurs de stratégie, même inspirées par la plus totale sincérité, sont interprétées par la société culturelle et moralisatrice des bien-pensants comme des conneries, ou comme pire quand ça touche le domaine politique… L’exemple le plus frappant étant celui de Céline qui, grâce au Voyage et même à Mort à crédit, avait un boulevard de rénovateur du langage et de Super Zola, nouveau chantre du Peuple exploité, qui s’offrait à lui, et qui est devenu antisémite pour finir enfermé au Danemark, puis clochard pas du tout céleste à Meudon… Il faudrait plutôt faire la liste des écrivains qui n’ont pas fait de « conneries » ! Car il y a chez l’écrivain, porté par son caractère irascible et excessif, le goût vicelard d’aller chercher, au détriment de sa réussite personnelle, dans l’horreur du monde et dans la dégueulasserie des hommes, le matériau nécessaire au façonnage d’une œuvre la plus en accord possible avec sa pureté sacrifiée… Regardez Oscar Wilde, pour finir dans les conneries, qui attaqua en justice le Marquis de Queensbury parce que ce con-là l’accusait d’être pédé avec son fils Lord Douglas (ce qui était parfaitement exact) et en retour et à son tour, il enclencha un procès contre Wilde, se soldant pour Oscar par deux ans en geôle de Reading d’où il sortit avec une réputation d’homo notoire, ce qui finit de le détruire, lui laissant juste le temps de mourir, à 39 ans…
À propos d’Oscar Wilde, ceux qui me reprochent de faire des TikToks, des Instagrams, et de m’exprimer sur les « réseaux sociaux » Facebook, X et Cie, comme si, par soumission à la technologie moderne, je trahissais mon style et versais dans une incongruité narcissique qui m’éloignerait de tout ce que j’ai déjà pu écrire et de tout ce que j’ai à écrire encore, sont tout simplement des cons… Qu’ils réfléchissent ! Wilde en faisait toute la journée, des TikToks et des Instas, même si ça n’existait pas… Des punchlines d’Oscar Wilde, beaucoup n’ont jamais été écrites. Quelle différence entre les témoins de Wilde l’entendant dans des soirées en Angleterre envoyer oralement des saillies percutantes et les recueillant, et certains de mes amateurs qui prennent soin de retranscrire mes « Punchnabe » improvisées au gré de mes pérégrinations devant la caméra de mon iPhone ? Il n’y a que les ringards qui croient que la littérature, en 2026, ça ne fait que s’écrire, et dans des livres en papier madame, et puis quoi encore ? Pourquoi pas en vente dans des librairies, tant que vous y êtes !
Une des plus belles phrases d’une mère au sujet de son fils, Suzanne Valadon sur Utrillo : « Mon fils peint des chefs-d’œuvre à partir de cartes postales quand d’autres, pensant faire des chefs-d’œuvre, ne font que des cartes postales ».
Titre d’une nouvelle grossophobe à faire (à la Paul Morand) : L’Énorme Européenne.
Ils veulent tous être écrivains comme si c’était donné par Dieu à tout le monde !
Je répète que je ne suis pas contre le principe d’attaquer les Perses. Les Grecs l’ont fait et ce serait aux Grecs de le refaire un jour si les circonstances les y poussaient, mais remplacer les Grecs par des Américains et des Israéliens — deux peuples issus de pays ni faits ni à faire —, non !… L’Occident n’a pas à être représenté aujourd’hui, d’un côté par des assassins d’Indiens mâtinés d’Allemands et d’Irlandais, des pionniers chercheurs d’or et chercheurs de noises ; et de l’autre, par des Russo-yiddish expulsés d’Union Soviétique ou des rescapés shohatiques mélangés à des sépharades trouillards, tous moins sémites que les Arabes sur place, et qui sont venus impudemment envahir une terre qui, de toute façon et à la base, ne leur appartenait pas (Philistine), quoi qu’ils en disent ! La voilà, la décadence occidentale : arriver à faire croire à la masse que les nouveaux « Grecs », ceux qui défendent la Civilisation, la vraie, celle qui part de Minos jusqu’à Constantin en passant par Périclès, et qui existe toujours, par exemple en Crète ou dans certaines villes de l’Attique, ce sont les Yankees et les Kibboutniks !
Échantillons de cons ! Je ne suis pas fou, je suis alcoolique !
Maurice Utrillo